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"Maxime a fait un câlin à Simon pour dire merci sans les mots, lui est resté sans bouger, les bras le long du corps, perdu dans cette étreinte. La mère de Maxime a ri : on dirait que mon fils apprécie beaucoup le vôtre. Françoise est restée impassible : grand bien lui fasse."
Dès l'instant de leur rencontre, sur le chemin de l'école primaire, Maxime et Simon sentent naître un lien particulier. Chacun d'eux grandissant auprès d'un parent toxique, ils décident de s'unir pour résister.

 

[EXTRAIT] 

"C’est un soir d’orage et à cette époque, celle du récit en cours, à cette époque et à la campagne, certains systèmes électriques sont encore bien volatiles, sans prise avec la terre.

C’est un soir d’orage avant l’an 2000 à la campagne chez Maxime comme chez Simon, et chez leurs mamans aussi qui ont débranché les appareils de valeur.

La télévision est un objet de valeur.

La foudre de temps en temps est du bon côté des nuages et alors, au lieu de les rétroéclairer comme quand on met une lampe derrière un tissu et qu’il se retrouve nimbé de lumière, elle dessine des grands traits tout blancs, tout bleus, tout violets qui irradient sur le fond gris noir.

Les lumières de la maison sont éteintes aussi, les ampoules ne sont pas un objet de valeur, mais on n’a pas envie de les rempla­cer si elles pètent et on fait tout pour que l’électricité de la foudre ne rentre pas à l’intérieur de chez soi.

Tout le monde connaît l’histoire de la voisine qui est allée se promener une fois sous l’orage, et de l’éclair qui est tombé sur elle. Elle est tombée face contre terre. Morte ? Non. Elle s’est relevée, pour rentrer chez elle. Et surtout pour pouvoir raconter cette aventure à qui voudrait l’entendre. Parfois elle dit être sortie avec un parapluie, parfois sans. L’orage fait oublier les détails.

Il n’y a pas de paratonnerre dans ce village, c’est la forêt qui en fait office. Personne n’irait s’y promener, un soir comme celui-là.

Quand le ciel s’illumine, Maxime et Simon, sans se concerter, comptent, chacun à sa fenêtre. Pas trop vite, pour essayer de faire des vraies secondes. Ils comptent jusqu’à ce que le bruit du ton­nerre arrive à leurs oreilles. La lumière et le son ne vont pas à la même vitesse. Ils ont du mal à y croire, mais puisque c’est ainsi, ils comptent, avant de faire le calcul.

 

le nombre de secondes entre la vue et le bruit de l’éclair

multiplié par trois cent trente-trois mètres

= la distance qui me sépare de l’orage

 

Simon l’a appris en cours, Maxime à la météo (qui annonce une vigilance orange) : Le son met environ 3 secondes pour parcourir 1 km. Si, après avoir vu un éclair, le bruit du tonnerre parvient à vos oreilles 9 secondes après, vous pouvez estimer que vous vous trouvez à 3 km de l’orage. Plus le temps qui sépare l’éclair du tonnerre est court, plus vous courez de risques.

Après le calcul des secondes multipliées par le nombre de mètres, on peut dire : ah, l’orage s’écarte, ou ah, il se rapproche. Et il arrive que l’on dise plusieurs fois la première affirmation puis plusieurs fois la seconde.

C’est un spectacle à haut risque. Qui captive toutes les pensées. Et qui fait de la buée sous le nez collé à la vitre.

Maxime n’aime pas quand les secondes se comptent sur les doigts d’une seule main, la panique monte, il pense je cours un risque. Simon espère de son côté que la foudre entre comme dans les films par la cheminée, se faufile dans le salon et frappe, elle ou lui, peu importe."

Vert tendre • Lucien Fradin

22.00€Prix

Lucien Fradin est auteur et metteur en scène. Il vit à Lille où il codirige une compagnie de spectacle vivant avec Aurore Magnier : La Ponctuelle. Il fabrique des formes qui proposent une lecture pédée du monde qui l’entoure. Avec la complicité d’autres artistes, il a créé cinq spectacles transpédébigouines à partir de récits communautaires, familiaux et amicaux. Il fait partie du collectif pédé lillois La Théière.

Il a publié Portraits Détaillés (2020, les Venterniers) et Midi-Minuit Sauna (2024, La Musardine, coll. "Prismes").

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