L'Obscurité du vide, Jean-Luc Parant 

illustrée de 32 538 boules.

 

« L’homme a inventé l’écriture parce qu’il a pu mettre la main sur les mots sans les toucher, comme il peut mettre la main sur le soleil sans l’éteindre. Comme l’homme et la femme ont inventé l’amour parce que nous ne voulons pas mourir. »

 

S’il y a obscurité du vide, c’est évidemment qu’il y a difficulté à le penser. Le vide, cet espace indéfini entre l’un et l’autre, suscite le vertige, évoque la perte… Il ne sépare pourtant pas et c’est ce que nous dévoile ce livre : considérer le vide, c’est s’éloigner et ce faisant créer de nouveaux liens avec ce qui ne cerne plus mais entoure. Le vide pose une distance juste qui fait que l’homme n’est pas brûlé par le soleil mais éclairé de sa lumière, qu’il peut poser sa main sur lui sans l’éteindre. Le vide est le dépositaire de l’infini du monde. Il n’est pas prêt-à-penser. D’ailleurs, voir clairement les choses ferait tout disparaitre : « Avec la lumière du jour, nous sommes sans notre tête. » Ce livre nous invite à voir non pas ce qui se trouve d’emblée éclairé par la lumière du jour mais ce qui se découvre progressivement à la lumière des yeux.

 

Le voir, et le dire, indissociables dans les livres de Jean-Luc Parant et sans aucun doute depuis toujours. Kristell Loquet, retraçant son parcours dans un touchant « Comment tout a commencé », raconte ce souvenir d’adolescence :

 

 « C’est aussi vers cet âge-là que tu as commencé à tenir beaucoup d’objets en équilibre sur un seul de tes doigts (des chaises, des petites tables, toutes sortes d’objets…). Et dès que tu quittais ces choses des yeux, l’équilibre était rompu, comme si tes yeux avaient eu le pouvoir de faire tenir les choses en équilibre sous le seul effet de ton regard projeté sur elles. C’est ainsi que tu as découvert que l’homme tient

en équilibre par ses yeux ouverts. C’est ainsi que l’homme s’est mis debout. »    

Jean-Luc Parant, imprimeur de sa propre matière et de sa propre pensée, coll., Corti, 2004.

 

C’est bien dans ce qui reste à voir, dans un ailleurs, que nous pouvons nous mettre debout. Ce vide et son obscurité sont pour la pensée son milieu naturel (le terme qui ne sera pas étrange pour cet essai - poétique ? philosophique ? - qui fait varier la prose d’hypothèses et de variables, ouvrant le désir d’une biologie onirique.) Le dire ici, s’il ne cède pas à l’approximation, n’est pas non plus une démonstration aboutie, avec un début et une fin. Il est vagues de perceptions par les mains, les yeux, les pieds, et toute la surface de la peau,

et ce qui se trouve en deçà et au-delà. Il est mouvant mobile, c’est-à-dire vivant. Il s’étend dans les livres qui précèdent et dans ceux qui suivent. Il se prolonge sans cesse.

 

Des boules dessinées, 32 538 exactement, s’accumulent au fur et à mesure du temps de la lecture illustrant cette expansion incessante de l’être humain en vie. La trace d’un geste qui ne peut plus être vu à la lumière du jour mais à la lumière des yeux. Si vous voyez ses boules avec vos yeux, le geste est compris.

 

 

 

Un presque petit mot de l’éditeur :

 

Mon exemplaire de ce livre Jean-Luc Parant, imprimeur de sa propre matière et de sa propre pensée, est signé, il porte la date du jour de notre rencontre, 21 novembre 2010. Sept ans se sont écoulés durant lesquels la rencontré s’est prolongée - les salons du livre, les expositions, constituant des occasions de se retrouver et d’échanger. J’ai commencé à connaître Jean-Luc Parant : « artiste », « écrivain », il supporte mal les étiquettes ; « exilé » peut-être, comme la suite de l’entretien avec Kristell Loquet nous l’apprend ; le plus juste et qui reflète son humilité et sa singularité : « fabricant de boules et de livres sur les yeux » - mais conservons toujours une place pour ce qui reste à définir (pour l’anecdote, ce qui nous rapproche lors de ce marché d’automne à Paris, c’est le mémoire que je prépare sur José Corti, dont le dernier titre publié sera Provisoirement définitif). Depuis cette rencontre où nous sommes voisins de stand sous les halles des Blancs-Manteaux, il accompagne la construction de ma propre démarche. C’est donc avec une émotion vive et reconnaissante que je publie L’Obscurité du vide aujourd’hui. Son regard m’est cher. Par son œuvre si particulière, par sa présence et ses conseils (dont le très puissant « ne transigez pas avec votre goût ! »), il encourage, il propage, non pas seulement la joie de faire, mais un certain état d’esprit dans cet artisanat : complicité, tendresse, respect de sa propre intégrité et de celle de l’autre. Une manière forte de « mettre du cœur à l’ouvrage ».

L'Obscurité du vide • Jean-Luc Parant

29.00€Prix
  • Jean-Luc Parant 

    Né à Tunis en 1944, écrivain et sculpteur. Vit dans l’Ariège. Se dit « fabriquant de boules et de textes sur les yeux ». Son œuvre est guidée par l’aspiration à créer une « forme vivante », intimement liée à l’harmonie céleste.

     

    « Je suis la copie de mes deux parents mais aussi la copie de tous ceux qui m’ont porté en eux avant ma naissance. Je sens que je ne suis pas seul en moi, qu’un autre, que d’autres que moi voient à ma place, du même endroit où je suis. Je vois mais d’autres voient ce que je vois que je ne vois pas. Ils voient mais rien ne se voit de ce qu’ils voient. La vue ne laisse jamais de traces. Tout peut être vu par mille autres à la fois sans que cela se voie. Quand nous pourrons tout tracer avec les yeux, tout peindre et tout dessiner avec eux, l’art appartiendra à tous. Seules nos mains sont les copieuses qui reproduisent tout ce qui nous entoure jusqu’à nous reproduire nous-mêmes.Si je suis la copie des autres par leurs mains, je suis en même temps l’original de moi-même par mes yeux. » Jean-Luc Parant

    • collection : "la Source & la Suite"
    • genre : essai
    • date de parution : juin 2017
    • nombre de pages : 100 pages
    • format : 15 x 15 cm
    • isbn : 979 10 92752 36 6
    • prix de vente : 29 euros

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