À l'occasion du cinquantenaire de la publication du roman de Georges Perec, les membres l'Oulipo, Marcel Bénabou, Eduardo Berti, Frédéric Forte, Paul Fournel, Hervé Le Tellier, Daniel Levin Becker, Clémentine Mélois et Ian Monk, se souviennent de La Disparition : de son écriture, de sa découverte, de sa traduction ou de sa première lecture - chacun livre son histoire de La Disparition et un hommage complice à l'auteur du plus célèbre des lipogrammes. 

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Extraits

Marcel Bénabou - Je me souviens qu’à l’époque où je travaillais régulièrement avec Perec (1966-1968), figurait, au nombre de nos projets littéraires communs – à côté du PALF-LSD, du Roman du XIXe siècle et de L’Histoire universelle –celui d’écrire un texte expressément destiné à « battre le record du monde du lipogramme ». Notre choix de la lettre à bannir s’était, pour des raisons linguistiques, immédiatement et sans discussion porté sur la voyelle e.

Paul Fournel - Je me souviens qu’un jour que je descendais une rue en pente dans la banlieue de Paris à ses côtés, Georges Perec m’a dit : « Tu vois ce qu’il faut que je fasse pour arriver à écrire. »

Hervé Le TellierJe me souviens avoir pensé, en lisant La Disparition pour la première fois, que ce n’était pas si compliqué, puis d’avoir essayé de « faire pareil » et commencé par constater qu’on ne pouvait écrire ni « faire », ni « pareil ».

Ian MonkJe me souviens de ma première lecture de La Disparition et de la question que je me suis tout de suite posée : serait-il possible de traduire cette chose en anglais ?

Eduardo Berti - Je me souviens que chaque traduction de La Disparition a été une aventure et chacun de ses traducteurs une sorte de héros.

Daniel Levin Becker - Je me souviens de la première fois que j’ai relu La Disparition sans dictionnaire, et de mon sentiment qui était en quelque sorte celui de monter sur un vélo sans les petites roues.  

Frédéric Forte - Je me souviens que La Disparition comprend cinq parties et vingt-six chapitres, la deuxième partie et le cinquième chapitre étant manquants, et que cette capacité de Perec à définir la structure de son livre à partir d’une simple contrainte littérale m’impressionna tout autant que l’exploit lipogrammatique lui-même.

Clémentine Mélois - Je me souviens que La Disparition fut, à vingt ans, ma première rencontre avec une contrainte d’écriture. « Cet écrivain-là a l’air de drôlement s’amuser sérieusement, c’est exactement ça que je voudrais faire. »

 

 

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Illustration de couverture : Étienne Lécroart

site 

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Le texte collectif ici proposé dans un tirage artisanal est aussi une contribution au numéro 13 de la revue les Cahiers Georges Perec, dirigé par Maxime Decout et Yû Maeyama et co-édité par les Venterniers et Le Castor Astral. Il est disponible ici

 

 

Je me souviens de La Disparition - l'Oulipo

20.00€Prix
    • collection : "la Chambre forte"
    • genre : je me souviens
    • date de parution : septembre 2019
    • nombre de pages : 1 très longue page
    • format : 12,5 * 22, 2
    • isbn : 979 10 92752519
    • prix de vente : 20 euros
  • L'année de la publication d'Un homme qui dort, Perec a commencé à travailler à son œuvre la plus déroutante, La Disparition, un roman entièrement écrit sans la lettre e (la plus fréquente des lettres de la langue française) ; le procédé par lequel un écrivain se prive d'une ou plusieurs lettres s'appelle «  lipogramme ». L'intérêt de Perec pour de telles structures rares et difficiles l'a rapproché de l'Ouvroir de littérature potentielle (Oulipo), où il est accueilli en 1967. Pour lui cet événement a été capital : des années plus tard, il dira : « Je me considère vraiment comme un produit de l'Oulipo. » Fondé en 1961 par François Le Lionnais et Raymond Queneau, l'Oulipo est un petit groupe qui se consacre à la création et à la redécouverte de « contraintes littéraires », c'est-à-dire de formes et de procédés si péremptoires qu'aucun écrivain, en les utilisant, ne peut éviter (tout au moins au début) de soumettre ses prédilections à leurs exigences : il est évident, par exemple, que, dans un texte sans e, il y a beaucoup de choses qu'on ne pourra pas dire comme on souhaiterait le faire. L'Oulipo a fourni à Perec un milieu extraordinairement propice à sa recherche de procédés formels de plus en plus élaborés : celui d'un laboratoire aimable où l'invention, la rigueur et un certain goût du jeu vont de pair. Depuis toujours en quête de procédés formels de plus en plus difficiles, Perec a trouvé en l'Oulipo le lieu privilégié où il pouvait expérimenter librement des contraintes de toutes sortes. L'aboutissement de cette exploration devait être, une décennie plus tard, La Vie mode d'emploi.

    source : Encyclopaedia Universalis. 

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