Aurélien PARIS / POÉSIE. Romance d'une ville, poésie du roman

illustration de couverture : Julie Bamelis

 

 

Qui, un jour, a tenu entre ses mains Aurélien, l’un des plus célèbres chefs-d’œuvre d’Aragon, ne l’a plus jamais quitté. On se souvient ici que le roman d’amour est aussi une remarquable fresque de l’entre-deux guerres et un dialogue intertextuel d’une grande richesse. Mais dans la lecture offerte par Olivier Barbarant, le roman est avant tout - comme l’avait dit Claudel - poème. L’auteur du présent ouvrage nous invite à porter un regard attentif au statut de Paris : car c’est tel qu’il vit la capitale, intensément, irrésistiblement, que le poète Aragon l’a inscrite dans Aurélien. Ni décor, ni motif esthétique, le paysage est force fondatrice et chair de l’écriture poétique.  « Si le sang coule dans Paris, si le cœur s’y arrête aussi, si la nuit s’y abat, c’est bien qu’Aurélien fusionne avec la ville, et connaît l’expérience aragonienne de faire de son propre cœur Paris. »

 

extraits : 

Je tiens que le charme, avec toute la saveur éventuellement vénéneuse du terme, de cette grande déambulation mélancolique que l’on effectue à chaque relecture, réside dans les flottements énonciatifs, la fusion qu’ils favorisent avec les consciences, l’affleurement des inconscients, mais aussi dans l’obsédante évocation d’un paysage sans cesse arpenté, comme si le lecteur devait se perdre à son tour dans les bras noirs et glacés de la Seine…

 

Le corps de Paris est ce que gagne le roman à mesure qu’Aurélien perd Bérénice. Et le rapport à Paris se fait toujours plus intime, toujours plus sensible et profond, à mesure que les amants s’éloignent.

 

 

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Le chant de l’artisan
Le choix de publier la conférence dans cette collection relève en partie de la mise en lumière d’un artisanat de l’écrivain - sa voix, son savoir-faire, sa matière. Ainsi, Olivier Barbarant décrit notamment ce qui a été nommé la virtuosité d'Aragon : 


"Il y a chez Aragon un intarissable ruissellement de la parole […]. L’écriture joue constamment entre l’énergie du déferlement, qui paraît capable de jaillir à l’infini, et qu’il casse délibérément à un endroit, par quoi il introduit du collage dans la symphonie, pour faire que cela tienne en se brisant." 

 

La mise en évidence du travail de construction suscite tout particulièrement notre attention. Mais plutôt que d’architecte, de bâtisseur, ce qu’est nécessairement le romancier, on parlera plus volontiers de compositeur, touchés sans nul doute par le raffinement, lumineux et cruel, la « beauté couturière » dont a parlé Olivier Barbarant. Aurélien se construit autour de motifs qui constituent des reflets ou contre-points dans le roman. Comme ce tableau de Blaise d’Ambérieux dans la chambre d’Aurélien, précisément commenté, en tant qu’il présente un réalisme naturaliste duquel Aragon s’éloigne majestueusement. Autre exemple, la scène du balcon : la fenêtre d’Aurélien s’ouvre, Paris n’est plus tableau, mais livre. 


"Le coup de génie d’avoir situé Aurélien au cœur de Paris fait que nous sommes à Paris comme dans un cœur, avec le réseau sanguin compliqué de la Seine qui s’y divise. Il permet également la métaphore admirable, mais si justement descriptive et réaliste, par laquelle les édifices de la ville deviennent, vus de loin, des caractères d’imprimerie d’un texte impossible à déchiffrer. Nous nous trouvons à la pliure de ce livre qu’est Paris, ouvert en deux battants de pages dont chacune vont être explorées, […] nous avons bien une construction d’une “vue de Paris” que le roman nous offre, posant le cœur à partir duquel rayonnera le motif urbain." 

 

Procédés de mise en abîme, mais surtout façon de « faire corps ». D’ailleurs, c’est comme cela que l’artisan Aragon travaille sa matière, Paris. Avec une approche sensorielle et émotionnelle qui participe de la poésie du roman…

 

«“Paris tout autour d’elle, immense, inhospitalier, avec de grandes lueurs roses sur sa gorge grise. Il s’appelait Aurélien.” Incroyable formulation ! Sans doute le décousu de la pensée intérieure permet-il une lecture qui verrait un saut entre les deux phrases : Bérénice d’une part, sur la terrasse où elle se trouve, sentirait la présence de la ville, ambivalente puisque marquée par l’inhospitalité, mais adoucie par l’alliance chatoyante et triste du rose et du gris. »  


…mais aussi, comme signalé plus haut, en tant que Paris est ici et toujours chez Aragon, chair de l’écriture poétique. Tandis que la matière de Paris façonne la main qui l’écrit, nous remarquons un travail de création réciproque auquel les éditeurs que nous sommes sont particulièrement sensibles. 

Comme à la création d’un rapport particulier entre le dehors et le dedans, l’intime et le monde (réel) qu’Aurélien manifeste. Y est « sous-écrite », selon la formule d’Olivier Barbarant, une poésie de la résistance qui naturellement, et même originellement, se lie au « Chant des Artisans ». 

 

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Le contenu de la conférence ici publiée a ainsi été présenté au théâtre de Douai, à l’ensemble des khâgneux de la récente région Hauts-de-France, et, sur une initiative du Moulin de Villeneuve (maison d’Aragon), à l’hôtel de ville de Paris, à destination des khâgnes de la région Île-de-France. Mais c’est lors d’une soirée au lycée d’État Jean Zay, dans le cadre des conférences organisées en soutien aux élèves résidants, et ouvertes à d’autres, qu’un enregistrement audio a été réalisé par un professeur sur son téléphone portable, à l’insu d’abord de l’orateur, à partir duquel a été établie l’édition qui suit. Comme toute parole vive, cette version est unique, et différente dans sa disposition et son lexique, sinon dans ses orientations générales, des autres prises de parole du conférencier.

 

Aurélien, Paris / Poésie • Olivier Barbarant

12.00€Prix
  • Olivier Barbarant, agrégé et docteur ès lettres, inspecteur général de l’éducation nationale, est un spécialiste d’Aragon dont il a édité les Œuvres poétiques dans la Bibliothèque de la Pléiade. Auteur du Paris d’Aragon (éditions Alexandrine, 2016), il fut le lauréat du prix Tristan-Tzara en 1999, et du prix Mallarmé pour Essais de voix malgré le vent (Champ Vallon, 2003). Une anthologie de son oeuvre poétique est disponible sous le titre Odes dérisoires et autres poèmes (Poésie Gallimard, 2016).

    • collection : "le Chant des Artisans"
    • genre : conférence
    • date de parution : 25 janvier 2017
    • nombre de pages : 92 pages
    • format : 13,3 x 18,7 cm
    • isbn : 979 10 92752 30 4
    • prix de vente : 12 euros

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